Mai
2026, le fonds d’investissement FG Bros annonce l’acquisition d’un
quart du capital de la société Legend Metamedia, pour plus de 17
millions d’euros. Ce family office belge gère les actifs de la famille
Frère-Gallienne, dont la figure la plus connue est Ségolène
Frère-Gallienne, fille du célèbre Albert Frère (1926-2018).
L’investissement, qui valorise la société de production française à
environ 70 millions d’euros, s’inscrit dans une logique de
diversification. FG Bros est présent dans les vignobles (Champagne
Lenoble), les cosmétiques (La Rosée), la sécurisation des chantiers du
BTP, etc.
Ce qui a intéressé les Belges dans
Legend Metamedia est la réussite impressionnante d’un modèle basé sur
une recette en apparence très simple. Guillaume Pley, ex-animateur
potache sur NRJ, s’assoit dans un fauteuil et pose des questions à un
invité, pendant une à deux heures. Le tout est diffusé sur les réseaux
sociaux, en accès libre. Résultat : plus de six milliards de vues en
2025, pour un format lancé en février 2023 seulement.
Cette
réussite fulgurante est d’abord le reflet de la notoriété des invités :
Gérald Darmanin (mai 2025), Édouard Philippe (septembre 2025), Jordan
Bardella (juillet 2023), Sandrine Rousseau (juillet 2023), Jean Reno
(mai 2024), Joey Starr (juin 2024), Dieudonné (septembre 2024), Nicolas
Sarkozy (décembre 2025), François Hollande (février 2026), Yossi Cohen,
ancien directeur du Mossad (juin 2026), Bernard Arnault (juillet 2026),
Matthieu Pigasse (juillet 2026), etc.
Des shows et bientôt l’investigation
Dans
« QG de campagne », le format qui avait précédé le lancement de Legend,
Guillaume Pley avait également reçu Éric Zemmour, en mars 2022, puis
Marine Le Pen et Anne Hidalgo, toutes les deux en avril 2022.
L’animateur offre à ses invités la garantie de questions courtoises,
voire convenues. Il obtient en retour des réponses qui seront mises en
valeur sur les réseaux sociaux par une sélection d’extraits, réalisée
avec un grand professionnalisme.
Buzz garanti,
ou presque. C’est ainsi qu’en quelques années seulement, renouvelant le
format vintage de l’entretien au long cours, Guillaume Pley s’est
imposé comme un canal remarquablement efficace pour façonner une image.
Le modèle économique repose sur les recettes publicitaires, le placement
de produit et le sponsoring d’émissions. Résultats 2025 : 3,82 millions
d’euros de bénéfices pour un chiffre d’affaires de 18 millions d’euros,
soit 21,5 % de rentabilité.
L’animateur
est entouré de professionnels aguerris, dont Manuel Diaz, 48 ans,
vétéran des agences Web, en charge de la campagne numérique de Nicolas
Sarkozy à la présidentielle de 2012. Il est actionnaire de Legend aux
côtés de Guillaume Pley, qui contrôle 55 % des parts.
La
société se diversifie. Cet automne, l’animateur star se produira en
salle, dans le cadre du « Legend Tour ». Dix-huit dates sont
programmées, du 7 octobre au 15 novembre. La tournée joue sur le
principe inverse des podcasts en ligne : la rareté et l’éphémère. Pas de
caméra, pas de smartphone, pas d’enregistrement, pour des shows mêlant
les entretiens dits intimistes (devant des milliers de spectateurs…) et
des prestations artistiques. En parallèle, et beaucoup plus
discrètement, Legend prépare aussi son entrée sur le format sensible de
l’enquête et de l’investigation, pour 2027.
Tentative de prise de contrôle par Mediawan
Le
family office FG Bros n’a pas été le premier investisseur à
s’intéresser à la pépite. Selon nos informations, Mediawan, le groupe
audiovisuel créé en 2015 par Pierre-Antoine Capton, Matthieu Pigasse et
Xavier Niel, s’est montré très entreprenant à l’hiver 2025. « Il y a eu une vraie tentative de prise de contrôle », raconte un bon connaisseur du dossier. «
C’était une manœuvre non sollicitée mais pas hostile. Elle était
intermédiée par un banquier d’affaires et Legend a joué le jeu, en
versant les informations clés dans une “data room”. »
Au
bout d’un mois à peine, Mediawan (qui n’a pas souhaité commenter) a
formulé une offre que les actionnaires de Legend ont jugée « ridicule »
: deux millions d’euros pour 51 % de la société, ce qui la valorisait à
quatre millions, offre à peine améliorée par une clause dite « earnout », c’est-à-dire un complément de prix à la performance, à définir.
Sur
la base des résultats 2025, Mediawan fixait la valeur de Legend à
hauteur de cinq trimestres de bénéfice net à peine. Et en contrepartie,
le candidat à l’acquisition réclamait le pouvoir. Concernant la
gouvernance, lit-on dans l’offre de Mediawan, « certaines décisions extraordinaires (à discuter ultérieurement) » devront « faire l’objet d’une approbation par Mediawan, afin d’assurer notamment du contrôle » effectif de Legend par le nouvel actionnaire majoritaire. « Il s’agissait de nous imposer des invités, voire des chroniqueurs », explique un cadre de Legend.
Rupture et vengeance ?
Les
dirigeants de Legend ont considéré que cette offre ne constituait même
pas une entrée en matière pour lancer des négociations. Ils ont mis un
terme aux discussions avec Mediawan et ils se sont mis à la recherche
d’un autre actionnaire. À peine un an plus tard, les discussions avec FG
Bros étaient déjà bien avancées.
Quelques
mois passent. Début août 2026, Les Inrocks, le streameur TPZ et le
quotidien Le Monde publient presque simultanément des enquêtes et des
vidéos dévastatrices pour le « principal actif » de Legend. « Et nous attendons maintenant l’enquête du magazine Society sur le même sujet ! » complète notre cadre de Legend. « Ils nous ont appelés pour faire du contradictoire sur le passé de Guillaume à NRJ, et ses prétendus dérapages », en particulier avec des jeunes filles mineures.
« Mettez-vous à notre place, poursuit la même source. Les
Inrocks appartiennent à Matthieu Pigasse. Pierre-Antoine Capton est
actionnaire de So Press, qui édite Society. Xavier Niel est actionnaire
du Monde. Si ce n’est pas une opération de représailles, ça y ressemble quand même un peu, non ? »
Concrètement,
rien n’étaye ce scénario. Le journaliste qui a enquêté sur Guillaume
Pley pour les Inrocks est un indépendant. Dans un entretien à la chaîne
Le Média (web-TV de La France insoumise), diffusé le 10 août, il
explique avoir travaillé pendant sept mois, après avoir été contacté par
des témoins. Il assure ne pas connaître le streameur TPZ. « La question du timing, c’est le hasard total »,
assure-t-il. Selon lui, c’est tout simplement la valorisation très
élevée de Legend et ses audiences fantastiques qui susciteraient
l’intérêt des médias.
Attaque exagérée ou actif mal évalué
En
définitive, c’est la démarche de Mediawan qui paraît surprenante. Le
poids lourd au 1,5 milliard d’euros de chiffres d’affaires, réputé pour
son agilité et ses réseaux, n’aurait donc rien vu ? La société a
pourtant consacré du temps et de l’argent à déterminer la valorisation
de Legend Metamedia, et de Guillaume Pley lui-même. Elle écrit dans son
offre que « la réussite de la société repose essentiellement sur GP (Guillaume Pley, NDLR) qui est pour nous le principal actif ».
La moindre des choses était d’évaluer cet actif, en disséquant, entre
autres, son risque réputationnel. Faire les « due diligences » et
mesurer le « reputational risk », en jargon financier.
Toutes
les informations sur les écarts de Guillaume Pley à l’époque de NRJ
étaient disponibles depuis des années. Collaborateurs, co-animateurs, « les témoins de l’époque NRJ sont faciles à trouver, explique un ancien de la station. Ils sont très souvent restés dans le circuit des médias et de la production. Le
Guillaume de l’époque était lourd. Il remplaçait Cauet, lourd aussi. Ce
n’est pas un scoop. Les émissions de l’époque sont toujours disponibles
sur YouTube ».
La proximité avec des
jeunes filles mineures n’était pas secrète. Certaines d’entre elles ont
été invitées à visiter les studios de NRJ plusieurs fois, devant des
dizaines de témoins. Il y a eu des échanges privés, mais à ce stade,
aucun message de nature à caractériser un délit éventuel n’est remonté à
la surface. Certains sont ambigus, mais sans précision sur le contexte,
alors qu’ils datent d’une époque où la transgression verbale était la
marque de fabrique de NRJ.
En
résumé, soit le processus d’évaluation de Mediawan a été trop vite
expédié, soit les enquêtes chargeant Guillaume Pley sont exagérées.
L’animateur a porté plainte en diffamation contre Les Inrocks, Le Monde et TPZ. De son côté, il n’est visé par aucune plainte.
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